06 Mai 2021

Pourquoi vos présentations PowerPoint sont-elles « moches » ?

Je me souviens d’arriver dans le monde de l’entreprise il y a presque 15 ans et de m’étonner de voir autant de présentations moches. On était capables de produire des affiches de qualité, des kakémonos plutôt cools, des spots tv devenus iconiques, mais lorsqu’on devait présenter nos nouveaux produits en interne ou à des acheteurs, on le faisait avec des slides PowerPoint tout dégueu.

C’était il y a presque 15 ans, et je pensais à l’époque que notre génération allait changer cela, parce que l’on avait grandi avec internet puis les réseaux sociaux et que l’on avait développé des âmes d’esthètes, une certaine culture visuelle qui allait changer tout ça.

Et force est de constater que la révolution PowerPoint n’a pas eu lieu.

Aujourd’hui encore la majeure partie des présentations en entreprise sont tout sauf esthétiques, des slides moches, en 4 :3 que l’on exècre en tant que public, et que l’on reproduit soi-même au moindre meeting en tant qu’orateur(trice).

Alors tout d’abord qu’est-ce qui est beau et qu’est-ce qui est moche ?

On pourrait toujours me répondre que le beau, le moche, c’est subjectif, mais en vrai, ça ne l’est pas. En réalité, il ne s’agit pas de son goût personnel. En prenant le risque de décevoir ceux qui pensent être originaux et créatifs, le beau est en réalité une notion relative et sociale. Dans ce sens où notre goût personnel est relatif, certes, mais à celui des personnes qui nous entourent.

Car [SPOILER ALERT] le désir est mimétique. 

Il y a un très beau livre que je vous invite à lire, de René Girard, « Anorexie et désir mimétique », dans lequel l’auteur explique que l’on désir ce que l’on désir que parce que les autres le désirent. En gros…. Ce que l’on valorise en société ce n’est autre que ce que les autres désirent. Et c’est donc les goûts de ceux qui nous entourent, de ceux que l’on tient en estime soi même, des personnalités, des artistes que l’on apprécie, qui vont dicter ce qui est beau ou bon, ou ce qui ne l’est pas.

Alors bien sûr on peut avoir des goûts singuliers, mais dans le fond cela reste toujours le goût de 5 ou 10 % de la population. Si on avait que des goûts 100% personnels, on serait juste des sociopathes.

Et donc ici, en revenant à nos moutons, ou à nos présentations PowerPoint, on considère de beaux slides, des slides que la majorité d’entre nous considère quali, et donc c’est parce que l’on sait que les autres apprécient un certain type de slides, que, nous en tant qu’animal social, nous identifions inconsciemment qu’il s’agit-là de quelque chose de qualité, et cela façonne forcément notre opinion. Car d’une façon ou d’une autre dans l’inconscient collectif cela nous paraît être plutôt esthétique.

Le beau dépend de la culture visuelle collective

Si le désir est mimétique, le beau dépend donc des références visuelles et culturelles que la majorité des personnes qui nous entourent apprécient. Ainsi le beau va être influencé par les artistes, les œuvres d’art, les films, les clips vidéo, les défilés d’haute couture, les publicités, les produits que l’on consomme, ou du moins auxquels nous sommes exposés, tout ce qui est considéré cool, bankable, ou que les opinions makers, les influenceurs valident d’une façon ou d’une autre.

Un bon exemple de cela est le dernier défilé Dior, dans lequel chaque cadre proposé par la marque était un réel mille-feuille de références et d’inspirations.

Comme vous pouvez le voir sur cette image, à gauche les vêtements portés par ce mannequin ont pour inspiration principale la Madone de Raphael. Et on pourrait même se focus sur certains détails, qui sont tout autant de mélanges conscients ou inconscients de références visuelles et culturelles, qui nous rendent cette œuvre familière et esthétique, et pas juste chelou. Car elle reprend des codes que l’on reconnaît tout d’abord, et dont les opinions makers nous disent qu’ils sont cools et donc valorisés socialement.

Pour faire du beau il faut copier sur le voisin (à condition qu’il ait bon gout)

Le plagiat a plutôt mauvaise presse de nos jours. Il suffit en effet qu’il y ait une inspiration trop marquée dans un livre pour que le bad buz « cancel » son auteur. On a vu par ailleurs le torrent de boue que Gad Elmaleh a reçu après les révélations de copy comic. Il est mal vu dans nos sociétés de copier sur son voisin, comme si la création artistique devait être l’œuvre d’une sorte d’inspiration divine, d’une révélation originale, seulement accessible à une poignée d’illuminés. Comme s’il n’y avait pas de travail, de processus qui amène à la création, et comme si ce processus ne passait pas par le mimétisme, une fois de plus, et par l’acquisition de codes, de références, et donc par la copie de ce qui existe, de ce qui est efficace ou valorisé socialement.

John Cleese des Monthy Pitons, humoriste iconique des années 60/70, anime aujourd’hui encore des workshops autour de la créativité, et il résume le processus créatif d’une façon que je trouve génial. Il dit que « Les bons artistes sont peut-être juste « influencés » par d’autres artistes ; les grands artistes, eux, « volent » et s’arrangent pour dissimuler leur butin. »

Selon Cleese, c’est donc en copiant la structure de ce qui fonctionne, de ce qui est bankable, de ce que la société valorise, que l’on fait des choses qui fonctionnent, qui peuvent un jour devenir bankable, et que la société peut valoriser.

Et il n’est pas le seul, on retrouve beaucoup d’artistes qui ont expliqué leur processus créatif de cette façon, comme le musicien Clark Terry qui disait cette fameuse phrase « imite, assimile, et ensuite innove… »

Et pour les slides c’est exactement comme cela que ça fonctionne.

Comment faire de « beaux slides »

Si on veut faire de jolis slides, rien ne sert de s’asseoir devant son pc à attendre que l’inspiration divine descende, attendre « d’avoir la bonne idée ».

Pour faire de jolis slides, des slides efficaces il faut tout d’abord savoir ce qui est considéré comme joli et efficace. Et cela varie. Ce qui est considéré comme esthétique aujourd’hui ne l’était pas hier, et les slides que l’on vendait à nos clients il y a 10 ans, seraient fermement refusés par nos clients aujourd’hui, car ne répondant plus aux standards d’aujourd’hui.

Pour faire de jolis slides, il faut donc aller chercher des références. Aller sur des sites spécialisés, aller voir ce que produisent les bons designers de l’actualité, voir l’état de l’art, sur des sites références comme dribbble, behance par exemple. Aller voir ce qui est fait, ce qui plait, les nouveautés, les nouvelles couleurs, le type d’images utilisées, les éléments graphiques, les typologies. Tous ces éléments qui proviennent également d’un mille-feuille d’inspirations, et qui aboutissent aujourd’hui par mimétisme à quelque chose que la majorité des personnes reconnaissent comme étant « un travail de qualité », « des slides esthétiques », des supports de communication qui associés à des idées, produits ou services, peuvent les valoriser.

Et ce n’est qu’une fois que l’on a identifié ce qui est de qualité, beau, esthétique que l’on peut essayer de les reproduire. Tout d’abord essayer de reproduire à l’identique un slide, une affiche, un logo. Assimiler ainsi les codes, apprendre à faire ce qui est beau pour ensuite pouvoir l’adapter à ses idées, changer les couleurs, mélanger avec d’autres éléments qui sont valorisés, faire soi-même son mille-feuille de références et d’inspirations et enfin, éventuellement un jour faire quelque chose que la société considèrera original, bankable, ou valorisé à son tour.

Pour faire du beau il faut donc connaître les codes, apprendre à les maitriser, à faire pareil et ce n’est qu’ensuite, qu’ éventuellement un jour on pourra les casser ces codes, se les approprier et faire par le mélange ou par opposition à ces codes, quelque chose de nouveau, quelque chose d’original. Mais cela restera toujours en rapport avec ces codes, en rapport à ce désir qui est toujours mimétique. A méditer …

écoute active

Michael Dias
m.dias@spitchconsulting.com

Fondateur de Spitch, Storyteller, Speaker, Coach de Dirigeants et grand passionné de Présentations. ll est professionnellement issu du Marketing et de l’univers de la Téléphonie Mobile.   Retrouvez le sur Twitter et Linkedin !



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