Chez Spitch, nous parlons souvent de l’importance du discours, du message, de la structure du pitch, du choix des mots. La communication verbale est un outil puissant — et nous y consacrons l’essentiel de nos formations. Mais nous savons aussi que le non-verbal joue un rôle décisif. C’est pourquoi nous travaillons également la voix, la gestuelle, le regard, l’ancrage.
Et pourtant, même au-delà de ces techniques, une chose me fascine depuis longtemps en tant que coach : l’impact du corps dans la perception que l’on a d’autrui.
La posture, la démarche, la tenue, l’énergie, ou même la nonchalance de certains corps transmettent instantanément une impression. De calme, de maîtrise, d’autorité. Certaines personnes n’ont pas besoin de parler pour imposer le respect : leur corps parle pour elles. C’est le cas de certaines personnalités publiques, d’artistes, de politiques, de PDG.
Il y a des corps qu’on imagine en effet intouchables. Des corps auxquels on ne songerait jamais à imposer une contrainte, une humiliation, une soumission. Et puis, il y a d’autres corps. Ceux qu’on voit s’agenouiller pour nettoyer, se plier pour réparer, se courber pour servir. Des corps qu’on interpelle sans gêne, qu’on fait attendre, qu’on traite avec une familiarité parfois brutale.
Cette hiérarchie des corps n’est ni naturelle, ni biologique. Elle est sociale. Elle est le reflet silencieux mais puissant de nos rapports de classe. Et elle commence par une simple impression : tous les corps ne dégagent pas la même aura, le même respect, la même attention, la même autorité.
Le corps comme capital symbolique : la théorie de Pierre Bourdieu
Dans son œuvre, le sociologue Pierre Bourdieu a largement montré que le corps est un espace de distinction sociale. Il n’est pas seulement l’objet de pratiques, mais aussi le support d’un “habitus” : un ensemble de manières d’être, de bouger, de parler, d’occuper l’espace, profondément marquées par la classe sociale d’origine.
Ainsi, le corps d’un cadre supérieur ou d’un grand patron n’a pas le même rapport au monde que celui d’un ouvrier ou d’un agent d’entretien. Non seulement parce qu’il est moins exposé à l’effort physique, mais parce qu’il a été socialisé à occuper l’espace avec aisance, à se tenir droit, à regarder dans les yeux, à ne pas baisser la tête.
On imagine par exemple difficilement Bernard Arnault, PDG de LVMH, se plier pour déboucher un évier (en tout cas dans l’espace publique), ou la journaliste Apolline de Malherbe se faire plaquer au sol lors d’une opération de police. Leur simple présence physique, leur posture, leur statut inscrit dans les gestes, les protège symboliquement d’un certain nombre de violences ou “d’humiliations sociales”.
Et à l’inverse, d’autres corps — ceux des travailleurs physiques, précaires, des premiers de corvée — peuvent sembler plus disponibles, corvéables, effacés.
Ce n’est pas un hasard si certains corps imposent le respect sans dire un mot. Ils sont porteurs d’un capital symbolique incorporé : un héritage silencieux de pouvoir, d’éducation, d’autorité intériorisée. Le corps devient alors un langage social, qui dit à l’autre : “Je suis légitime ici. Tu ne peux pas me traiter comme n’importe qui.”
Pinçon-Charlot : la raideur maîtrisée des corps bourgeois
Dans leurs enquêtes sur les grandes fortunes françaises, les sociologues Michel Pinçon et Monique Pinçon-Charlot ont relevé un détail frappant : les corps des membres de la grande bourgeoisie sont souvent “raides”, impeccablement tenus, dans une verticalité maîtrisée.
Cette raideur n’a rien d’accidentel. Elle traduit une posture sociale apprise très tôt : se tenir droit, ne jamais s’affaisser, occuper l’espace avec sobriété mais fermeté. Une manière de marquer la distance, de signifier le contrôle, de maintenir une forme de supériorité corporelle discrète mais efficace.
Le corps bourgeois ne s’épuise pas, ne s’expose pas, ne s’abandonne pas. Il incarne le sérieux, la rigueur, la permanence. Et c’est justement parce qu’il est perçu comme tel qu’il échappe souvent à la violence sociale ordinaire : à la fouille brutale, à l’interpellation musclée, à la familiarité déplacée.
Pourquoi la posture change tout dans notre quotidien
Ces constats sociologiques ne concernent pas seulement les grandes dynasties ou les élites économiques. Ils ont des répercussions très concrètes dans notre vie quotidienne, professionnelle comme personnelle.
La manière dont nous nous tenons, entrons dans une pièce, regardons notre interlocuteur ou prenons la parole conditionne fortement l’impression que nous laissons : de compétence, de confiance en soi, de crédibilité. Et donc le respect, les opportunités, les relations que nous attirons.
La posture influence aussi notre mental : les recherches d’Emma Curdy
La chercheuse Emma Curdy s’est intéressée à l’effet de la posture non pas seulement sur la perception des autres, mais sur notre propre état d’esprit. Ses travaux montrent que le corps agit sur le mental autant que l’inverse.
Se tenir droit, ouvrir la poitrine, lever légèrement le menton – même sans y croire au départ – peut produire une forme de réassurance intérieure.
À l’inverse, adopter une posture fermée ou basse entretient le sentiment de soumission ou de doute.
Autrement dit : agir sur sa posture, c’est commencer à agir sur sa psychologie.
Quelques réflexes à cultiver chaque jour
Nous ne choisissons pas toujours les conditions dans lesquelles nos corps évoluent. Mais nous pouvons décider de la posture que nous adoptons face au monde, et ainsi affirmer une présence plus forte, plus impactante, plus respectée.
Voici quelques habitudes simples à intégrer dans votre quotidien :
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Tirez-vous vers le haut, comme suspendu par un fil au sommet du crâne.
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Ouvrez la cage thoracique, les épaules relâchées mais alignées.
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Regardez dans les yeux, calmement, sans agressivité.
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Ancrez vos appuis, pieds bien posés au sol, respiration basse.
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Prenez l’espace, sans l’occuper de manière excessive : asseyez-vous droit, placez vos bras avec assurance, parlez posément.
Tous les corps ne sont pas perçus de la même manière — c’est un fait social, parfois brutal. Mais chacun peut reprendre la main sur l’image qu’il projette, et réaffirmer sa présence dans l’espace public, professionnel, ou intime.
Chez Spitch, nous ne nous contentons pas de travailler les mots : nous aidons chacun à incarner son message. Car un discours, aussi brillant soit-il, ne convainc pas s’il n’est pas habité. La posture, l’ancrage, le regard, la gestion du silence sont des leviers puissants de crédibilité, de confiance et de leadership.
Nos formations visent justement à permettre à chaque participant de :
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Prendre conscience de l’impact de son corps dans la communication,
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Identifier les freins et automatismes liés à son histoire ou son milieu,
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Adopter des postures plus justes, plus stables, plus alignées,
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Et surtout, à gagner en assurance, autorité naturelle, impact.
Parce que la parole ne suffit pas sans présence, et que la posture est souvent notre premier argument.
Michael Dias
Fondateur de Spitch, Voyageur, Storyteller, Speaker, Coach de Dirigeants et grand passionné de Présentations.
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