Avons-nous-individuellement-le-pouvoir-de-changer-les-choses
27 Avr 2020

Obésité, Écologie, Covid-19 : Avons-nous individuellement le pouvoir de changer les choses?

Pensez-vous être entièrement libres de vos choix ? choisir librement votre conjoint, vos vêtements ou votre alimentation ?

Ces questions qui ressemblent à un sujet du bac filo, sont néanmoins au centre de la société de droit dans laquelle nous vivons.

Plusieurs courants de pensée se sont emparés de la question pour pouvoir justifier de certains dogmes, tenter d’influencer les comportements et incriminer les actes considérés déviants.

L’église par l’intermédiaire de Thomas D’Acquin a inventé le libre arbitre, de façon à pouvoir ternir l’Homme pour moralement responsable de ses actes.

Plus tard, des philosophes comme Spinoza sont parvenus à contredire cette thèse de l’église. Pour Spinoza les hommes se croient libres parce qu’ils sont conscients de leurs désirs mais ignorent les causes qui les déterminent.

La science a depuis largement abondé en ce sens. Le libre arbitre n’existe pas tel que la bible l’enseigne. La faculté de choisir entre le bien et le mal dans l’arbre de la connaissance est un leurre. Certains sont plus libres que d’autres, certains sont éducables, d’autres ne le sont pas, certains sont éduqués d’autres moins.

La psychologie, la philosophie, la sociologie mettent en évidence la puissance des déterminismes inconscients, psychologiques, culturels, sociaux, familiaux et éthologiques, et établissent un lien direct de causalité entre les conditions sociales par exemple et l’aptitude de chacun à pouvoir être maître de ses décisions.

Pour résumer, on ne naît pas libre, on peut le devenir, se créer des poches de liberté, grâce à l’éducation, à son niveau de vie, mais nos choix sont influencés de façon majeure par des déterminismes, des conditions de vie, des influences extérieures, pour lesquels on peut difficilement être tenus entièrement pour responsables.

Et pourtant, de tout temps les différents pouvoirs (clérical, monarchique, démocratiques) ont responsabilisé les individus des maux dont ils souffraient eux-mêmes.

A l’image de l’histoire que raconte Albert Camus dans La Peste, l’église a toujours défendu l’hypothèse du fléau comme châtiment divin, et affirmé ouvertement que le malheur qui nous arrivait n’était toujours que la conséquence de nos agissements.

Cette croyance a profondément influencé notre façon de penser judéo chrétienne où la culpabilité tient une place majeure. On pense que l’on a un rôle à jouer dans le bien et le mal qui peut nous arriver. On a développé cette attente fondamentalement infantile, que si l’on est sage, on sera récompensé.

Et si on peut penser que le monde a changé que le judéo christianisme a disparu avec l’effondrement du sacré, la réalité c’est que le sentiment de culpabilité chrétienne est partout, aujourd’hui encore. Dans la croyance américaine (et donc mondiale) en l’auto-détermination des peuples, par exemple, qui met les choix des individus au centre de leur système de responsabilisation. Mais également dans l’essor (préoccupant) de la pensée positive, qui abonde de nos jours chez les influenceurs notamment. Une supercherie dont Martin Seligman est à l’origine.

On retrouve également ce dogme de la responsabilisation individuelle dans la communication politique et la façon dont les gouvernements successifs instiguent ce sentiment de liberté, d’auto-determination, et donc de possible culpabilité, pour transférer aux différentes victimes la responsabilité quant aux conséquences de leur mauvaise gestion d’état.

 

Obésité et manque de volonté

 

L’obésité est un excellent exemple de comment l’opinion publique responsabilise les victimes de ce fléau, en les transformant en acteurs libres de leurs choix, et donc possiblement coupables.

Les personnes souffrant de surpoids sont, en effet, souvent perçues comme responsables de leur comorbidité, souvent pointées du doigt pour leur manque d’activité sportive, ou de volonté, face leur incapacité à contrôler leur appétit, notamment.

Alors qu’en réalité, les études faites sur le sujet contredisent point par point cette responsabilité que l’on souhaite leur adosser.

Les populations les plus touchées par l’obésité sont aussi et surtout les plus pauvres, car elles sont, de fait, par leurs faibles revenus les plus exposées aux aliments ultra-transformés.

Ces aliments artificialisés au niveau des qualités sensorielles (goût, couleur, arômes, texture) coutant 60% moins chers que les produits frais, leur place dans le caddy des plus démunis est en réalité que la conséquence logique de leurs faibles revenus.

Les études démontrent également qu’il y a de plus en plus d’obèses parce que l’on vit dans des environnements obésogéniques. Les déserts alimentaires, la pollution environnementale, le stress, le manque de sommeil et la génétique demeurant les principaux facteurs d’augmentation de l’obésité dans nos sociétés.

Par ailleurs, la liberté des individus face à leurs choix de consommation alimentaire est fortement mise en doute, lorsque l’on met en exergue les millions investis en publicité par les sociétés agro alimentaires pour pousser à consommer leurs produits artificialisés, dans lesquels le sucre est omniprésent.

Alors face à cette réalité des faits, il serait logique que l’on reconnaisse le caractère de victime sociale des personnes obèses, que l’on s’efforce de lutter contre la pauvreté, que l’on augmente les aides pour inciter à consommer des produits frais, sous forme de food stamps ou autre. Que l’on taxe aussi davantage ces fameux aliments ultra-transformés, que l’on accélère la décarbonisation de nos économies, et que l’on mette en place des mesures concrètes pour lutter contre l’anxiogénéité si répandue dans nos sociétés modernes.

Bien sûr, dès lors que l’on lève le voile sur ces causes, on ouvre une boite de pandore débordant de problèmes, que les pouvoirs publics ne peuvent (ne souhaitent ?) pas résoudre. Ainsi, il est plus efficace de refermer cette boite, et déférer la responsabilité sociétale à l’individu, parler de volonté personnelle, considérer qu’il s’agit de la conséquence d’un manque d’hygiène de vie, de manque résilience face aux problèmes qu’il rencontre. En somme, cet argument de « l’incapacité à se donner les moyens d’agir », que l’on nous rabâche à longueur de journées.

 

Écologie et tri des idées reçues :

 

L’écologie est un autre de ces fardeaux que l’on fait porter à l’humanité dans son ensemble, tel un péché originel, dont chacun serait responsable et donc potentiellement acteur d’un possible revirement de situation.

Depuis une dizaine d’années la menace écologique est omniprésente dans les médias, et dans le discours de nos politiques. On nous rabâche au quotidien les risques d’’effondrement, que la disparition de la biodiversité pourrait entrainer. On nous prédit un réchauffement climatique inquiétant, avec de probables conséquences dramatiques pour l’ensemble des êtres vivants.

Face à cette menace on nous dit que nous sommes responsables individuellement par nos comportements, que pour agir cela passe par le recyclage de nos déchets, que nous avons entièrement le pouvoir de changer les choses, et que dans le fond, si toutefois nous continuons de saccager la planète, c’est que nous ne voulons pas nous donner les moyens de sauver notre écosystème. Pauvre ours blanc…

Mais la réalité est un peu plus nuancée.

Dans l’imaginaire collectif, le recyclage est l’un des grands outils de la lutte écologique. Mais si on a convaincu les français d’avoir le pouvoir de changer les choses à leur niveau (le recyclage en France est en hausse de 44% en 2018), le souci, c’est que cette idée, qu’à terme un recyclage parfait permettrait d’atteindre une économie circulaire sans aucun déchet, est en réalité un leurre.

Le recyclage n’est pas applicable pour de très nombreux matériaux.

Le plastique ne permet qu’un décyclage, une transformation en produits de moindre qualité et à terme cette dégradation finit par provoquer son inutilisation et conséquente incinération.

Le carton quant à lui, son recyclage produit 72% de gaz à effet de serre en plus, attestant d’une circularité également loin d’être parfaite.

Enfin, concernant les métaux électroniques comme les « terres rares », si utiles à nos smartphones, leur recyclage permet au mieux de retarder légèrement l’échéance de leur épuisement, mais cela inviabilise leur réutilisation.

On le voit, l’action de recyclage, dont la participation des français est avérée et louable, est en réalité particulièrement inefficace face à l’ampleur de la menace.

Si on pourrait tout de même rétorquer que nous sommes responsables de nos choix de consommation. Ici, comme pour l’obésité, c’est accorder à l’être humain une liberté totale qu’il ne possède pas.

Pour prétendre de notre liberté, il faudrait s’asseoir sur des décennies de psychologie expérimentale, qui depuis les années 70 a conceptualisé, modélisé les stratagèmes de persuasion publicitaire, qui ont permis aux industriels d’augmenter la consommation mondiale à des niveaux jamais atteints.

Le taux de rentabilité exigé par le capital a forcé les sociétés modernes à consommer davantage, utilisant la frustration de la publicité et la menace à l’emploi comme catalyseur d’une production effrénée et hautement polluante.

L’obsolescence programmée, la fast fashion, la mise en place d’une logistique globale et mondialisée sont des vecteurs agissant de façon massive sur nos actes de consommation et dont les conséquences écologiques et humaines pèsent pour majorité dans nos émissions de CO2.

En réalité, le rôle que peut jouer l’humain lambda est ridicule face à ce mastodonte crée par les principales puissances économiques mondiales et adoubés par des états complices et prompts à retransférer la responsabilité sur leurs citoyens.

La solution se trouve bien avant le recyclage. Dans les règles qui définissent le processus de conception de l’objet, dans la diversité des matériaux que l’on autorise à utiliser pour le fabriquer, mais surtout dans une sobriété qu’il est souhaitable de faire advenir.

Limiter notre consommation est le meilleur recyclage possible, et pour cela il faut des états capables de jouer sur le rapport de force et inventer de nouvelles façons de créer de la valeur, qui ne passent pas par la consommation.

Encore une fois, il est plus facile de refermer pandore, culpabiliser l’individu plutôt que de s’attaquer à l’origine du problème.

 

COVID-19 ou le pouvoir de ne rien faire :

 

Enfin, la crise sanitaire que nous traversons permet également de constater les mêmes méthodes de transfert de la responsabilité de l’état aux individus.

Face à l’incapacité de prendre au sérieux la menace venue de Chine et d’anticiper de possibles conséquences chez nous, l’état s’est très vite retrouvé dans une situation de pénurie de masques, gel hydroalcoolique, de ventilateurs et de tests.

Dans l’impossibilité de protéger l’ensemble de la population d’une contamination massive, l’état français a assigné la population à résidence.

Le respect du confinement qui nous a été vendu comme la seule façon de lutter contre le virus, représente ici une manière de nous dire, en somme, que la lutte contre le covid19 ne dépend que de nous.

Cette invitation couplée d’une communication médiatique qui a pris plaisir à pointer du doigt les quelques badauds qui à tort ou à raison bravaient l’interdiction pour sortir s’aérer le cerveau, a fonctionné comme une formidable invitation à culpabiliser et opposer les individus.

Chaque citoyen se voulant exemplaire, les membres du gouvernement et le Préfet Lallemand en premier lieu, se sont empressés de formuler des liens de causalité entre le nombre de morts qui augmentait et le non-respect supposé du confinement.

Alors qu’ici, une nouvelle fois, la réalité est moins linéaire.

Les pays ayant les meilleurs résultats dans la lutte face à l’épidémie sont des pays où le confinement n’a pas ou peu eu lieu, comme l’Allemagne, la Suède ou le Danemark.

Le corps médical et scientifique s’accorde même sur le fait que la moitié des contaminations a lieu au sein des familles confinées, puisque 70% des personnes infectées ne possèdent pas de symptômes.

Et on sait surtout que le confinement ne combat nullement l’épidémie. En réalité seul un vaccin ou une contamination de plus de 60% de la population permettrait d’enrayer la menace.

Le confinement, cette responsabilité que l’on souhaite nous déléguer n’est en réalité qu’un moment suspendu, dans l’attente de résoudre une pénurie que l’état n’a pas su anticiper, de façon à ne pas surcharger le système hospitalier, constamment désinvesti depuis Mitterand.

Et ici encore, la responsabilité repose sur les gouvernants successifs qui depuis 30 ans ont considéré les dépenses de santé comme des coûts, au lieu de les envisager comme un investissement souhaitable dans la qualité de vie de ses citoyens. Une logique dogmatique comptable très appréciée des libéraux en tout genre, héritée du tristement célèbre Reinhard Höhn, dont les conséquences dévastatrices sont constatables aujourd’hui

 

Alors face à cette réalité et comme pour bien d’autres fléaux de notre temps, il est toujours plus facile de déléguer la responsabilité aux victimes que de les résoudre au niveau supérieur. Une technique de manipulation de l’opinion qu’il est important de décrypter, dans une époque comme la nôtre, ou la communication, plus que jamais, est un sport de combat social.

 

Michael Dias
m.dias@spitchconsulting.com

Fondateur de Spitch, Storyteller, Speaker, Coach de Dirigeants et grand passionné de Présentations. ll est professionnellement issu du Marketing et de l’univers de la Téléphonie Mobile.
 
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