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29 Mar 2019

Pourquoi nous voulons tout tout de suite ? l’influence du striatum

Notre capacité de concentration s’est réduite drastiquement au cours des dernières décennies. En effet, d’après une récente étude, le temps moyen de concentration d’un individu de 18 ans devant une information digitale est de huit secondes en moyenne, soit 35% de moins que la génération précédente. Mais au delà de la seule capacité de concentration, ce résultat révèle en réalité une incapacité croissante des nouvelles générations à consacrer de son temps en vue d’une possible gratification qui ne soit pas immédiate.

Dans nos sociétés d’abondance, dans lesquelles nous pouvons désormais accéder à des gratifications instantanées et ce de façon quasi illimitée, grâce au web notamment, au développement des industries alimentaires et de la logistique, notre cerveau s’est donc habitué à pouvoir consommer instantanément et tolère difficilement de devoir attendre ou d’investir de son temps en vue d’une récompense future.

A tel point, que cette évolution nous met aujourd’hui en péril, face à des défis qui nous menacent comme les différentes addictions à la nourriture, au sexe, à l’information, mais aussi face à des défis sociaux et environnementaux face auxquels nous nous retrouvons souvent immobilisés, incapables de prendre le temps de la réflexion.

Cette impatience latente que nous sommes nombreux à ressentir aujourd’hui les neurosciences l’ont étudiée et d’importantes avancées ont récemment permis de l’expliquer.
 
 

Un cerveau assoiffé de gratifications instantanées

 
L’origine du problème vient d’une structure profondément enfouie au cœur de notre cerveau appelée le striatum, comme l’explique très bien Sébastien Bohler, celui-ci fait partie du mésencéphale, situé à la jonction entre le cerveau et la moelle épinière. Il gère des fonctions essentielles à la survie : manger, se reproduire, dominer, chercher les comportements les plus économes en énergie, etc… Il s’agit d’un module très ancien à l’échelle de l’évolution des êtres vivants, qui pendant très longtemps était la première et seule structure composant notre cerveau.

Et si on regarde comment sont faites les connections de notre cerveau, on s’aperçoit que le striatum nous envoie de la dopamine, de la récompense donc, lorsque nous réalisons un certain nombre de plaisirs simples comme manger, avoir des rapports sexuels, acquérir du statut social, de la reconnaissance, donc de la domination. Mais également lorsque nous recherchons à acquérir le plus d’informations possibles sur notre environnement ou à minimiser nos efforts.

Ainsi, il est donc naturel que nous recherchions tous à augmenter ce type de récompenses en minimisant nos efforts pour y parvenir et ce de la façon la plus instantanée possible.

A vrai dire, les bénéfices du « tout, tout de suite » nous ont même aidés à survivre sur des dizaines de millions d’années ou les récompenses comme la nourriture étaient rares. Des durées qui façonnent durablement les structures de base d’un cerveau humain, et pendant lesquelles les animaux possédant un striatum configuré pour préférer les récompenses immédiates ont réussi à se maintenir en vie, et les autres ont été purement et simplement éliminés de la course de l’évolution.

Pendant des millénaires nous nous sommes donc consacrés à consommer tout ce que l’on trouvait au plus vite pour survivre, et ce sans prévoir un seul instant le futur, cette faculté à la prévision n’étant apparue que plus récemment, avec le développement d’un second module du cerveau humain, le cortex, qui est lui capable d’élaborer des représentations mentales, de communiquer avec ses semblables et de planifier des actions dans le futur. Ce qui a par exemple permis l’invention de l’élevage et de l’agriculture, qui a remplacé la chasse de survie par exemple.

 

Court terme vs long terme

 
Au cours des dernières dizaines de milliers d’années de notre histoire, nous avons donc développé une capacité de prévision, assurée par d’autres aires cérébrales, notamment les aires du cortex frontal, qui donnent accès à des représentations fictives de l’avenir.

Il devient alors possible de privilégier l’avenir à long terme au détriment de la tentation de l’instant présent, c’est ce qui permet, par exemple, à un étudiant de consacrer de longues années à travailler dans sa chambre sans en retirer de profit matériel, espérant décrocher un diplôme qui lui assurera un futur confortable plusieurs années après.

Nous nous trouvons désormais capables d’arbitrer entre des gratifications instantanées lorsque celles-ci nous sont disponibles, et des gratifications futures nécessitant du temps, de la réflexion, de l’effort ou de l’investissement.

Nous avons donc en permanence un arbitrage à faire dans lequel notre striatum souhaitant céder à des pulsions de récompenses immédiates se bat avec notre cortex frontal, sensé lui garder une même idée présente à la conscience, en vue d’une récompense future, pendant des minutes entières, voire des semaines ou des mois, parfois même tout au long d’une vie.

 

Alors face à cette réalité, qu’est-ce qui permet à une personne de conserver à l’esprit des objectifs importants dans l’avenir, alors qu’une autre ne pensera qu’au présent ?

 

En réalité de nombreux facteurs influencent cet arbitrage et tout d’abord l’éducation.

Comme l’explique Bohler, le cortex frontal subit, en effet, une longue maturation qui dure tout le temps de l’enfance et de l’adolescence. Les connexions entre le cortex frontal et le striatum, si déterminantes pour permettre au futur de prendre l’ascendant sur le présent, sont alors très plastiques. Elles ont tendance à se renforcer si on les entraîne, et à s’étioler si on ne les sollicite pas assez.

Ainsi, chez un enfant de 6 ans, cette connexion, appelée faisceau frontostriatal, est encore immature ; elle ne se renforcera que si ses parents l’encouragent et l’aident à ne pas céder à ses penchants immédiats, en incitant par exemple, à privilégier l’économie de son argent de poche en vue d’un achat plus important dans le futur, ou le long apprentissage d’un instrument, en vue d’une maitrise qui se révèlera avec le temps.

Outre l’éducation les conditions sociales jouent également un rôle important. En effet, les études ont démontré que les personnes plus impulsives, vulnérables aux achats impulsifs, aux drogues, ou rencontrant des problèmes sociaux ou professionnels avaient une plus faible résistance aux récompenses immédiates et donc par conséquent une plus grande difficulté à investir et différer dans le temps une possible récompense, comme l’explique Rutger Bregman dans son fameux TED Talk « why do the poors make poor decisions ».

 

L’ère de la gratification permanente

 
Alors nous avons beau avoir développé cette capacité à prévoir, à investir le futur, à décaler dans le temps une récompense, reste que notre attirance pathologique pour le confort de maintenant est toujours aussi importante et le souci c’est que nous n’avons en apparence plus aucune raison de ne pas vouloir tout tout de suite.

En 2019 notre striatum ne peut que jubiler. Le cortex humain a inventé des tas de choses incroyables comme uber eats, youtube, netflix, les jeux vidéo, amazon, tinder tout autant de services dont le volume ne cesse d’être mis à jour à chaque seconde qui passe et qui permettent à chacun d’obtenir des récompenses quasi instantanées sans avoir à se soucier du temps qui passe, à tel point que cela nous ferait perdre de vue l’utilité d’un quelconque investissement dans le futur.

Et c’est bien le problème que nous rencontrons tous : lorsque l’on s’habitue à avoir tout instantanément, on perd la fonction physiologique qui permet de renoncer à quelque chose maintenant au profit d’autre chose plus tard.

Nous sommes devenus impatients, et à l’image de muscles qui s’atrophient si nous ne les exerçons pas, on rencontre le même problème avec notre capacité de patience : plus la technologie numérique nous propose des outils performants pour obtenir rapidement ce que nous désirons, moins nous développons nos capacités d’attente.

Nous nous tournons alors de plus en plus vers les services qui nous satisfont au plus vite, nous ne tolérons plus d’attendre pour un chargement de page, un épisode de notre série préférée, la lecture d’un livre pour comprendre une thématique, préférant la lecture des titres aux articles de presse, les bons mots, aphorismes, faits divers, news émotionnelles, toute information courte et percutante à la réflexion et l’analyse du monde qui nous entoure.

Équipés de cerveaux incontinents, nous sommes devenus incapables de réfléchir à l’avenir de notre monde, à la compréhension des problème sociaux qui nous concernent (précarité, répartition des richesses, effets dévastateurs de ce système d’abondance) notre lecture du monde devient pauvre, abêtie par le manque de temps auquel nous lui consacrons.

Et l’abondance dans laquelle nous vivons n’est pas la seule à influencer ce comportement.

 

Réfléchir c’est investir

 
Comme l’explique très bien Walter Mischel, quand l’avenir est incertain, mieux vaut se saisir de ce qui se présente à nous, tant que nous en avons l’opportunité.

Le souci c’est que ce sentiment d’avenir incertain est devenu le fonds de commerce du monde moderne dans lequel nous vivons.

Alors que le taux de mortalité et d’accidents, n’a jamais été aussi bas, qu’il n’y a jamais eu aussi peu de conflits armés, que la santé fait de réels progrès et que l’espérance de vie est en constante progression, nous vivons cependant dans un climat constant d’anxiogénéité perpétré par un système politico médiatique qui martèle au quotidien une série d’informations ayant pour vocation à créer une angoisse de tous les instants (chômage, terrorisme, maladie, menaces géopolitiques…) qui favorisent l’attrait du présent et la gratification instantanée, un sentiment que les chaines d’information en continu et les réseaux sociaux ne sont venus que renforcer.

Ainsi et pour conclure, nous nous retrouvons donc désormais dans une situation dans laquelle le temps consacré à la réflexion, à l’analyse du monde dans lequel on vit, et à la recherche de solutions aux problèmes que l’on rencontre est perçu comme un investissement, une façon de retarder une gratification qui pourrait être instantanée, si nous occupions ce temps à regarder des séries, être sur Instagram ou regarder de la pornographie, d’autant plus qu’il s’agit là de pulsions qui sont généralement favorisées par la structure de notre cerveau.

Alors bien sûr nous avons la capacité d’arbitrer différemment et augmenter notre propension à différer notre satisfaction personnelle et à investir de notre temps dans la réflexion au sens large, mais pour cela des conditions doivent être réunies, parmi lesquelles l’éducation à la patience, des conditions sociales stables et un environnement économique et social plus serein sont fondamentaux.

Or, inutile de le préciser voici tout autant de situations qui ne dépendent en réalité pas des individus et qui ne peuvent être résolues que de façon structurelle, la répartition des richesses jouant ici un rôle de tous les instants.

A méditer, si tant est que l’on réussisse à en prendre le temps…

 

Sources : Le bug Humain – Sébastien Bohler

 

Michael Dias
m.dias@spitchconsulting.com

Fondateur de Spitch, Storyteller, Speaker, Coach de Dirigeants et grand passionné de Présentations. ll est professionnellement issu du Marketing et de l’univers de la Téléphonie Mobile.
 
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